Mercier
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Louis-Sébastien Mercier, né le 6 juin 1740 à Paris où il est mort le 25 avril 1814, est un écrivain, dramaturge, publiciste français
Auteur prolifique, l’un des hommes dont la vie littéraire a été la plus active, Louis-Sébastien Mercier, qui s’appelait lui-même « le plus grand livrier de France », est surtout connu pour son Tableau de Paris et l’An 2440, publiés avant la Révolution. Il est également l’auteur de cinquante pièces de théâtre et de nombreux essais critiques.
Mercier est issu d’une famille de la petite bourgeoisie. Son père, originaire de Metz, était fabricant d’épées et marchand. Vers 1765, son goût pour le théâtre et les romans, ainsi que son amitié avec Crébillon fils, le décidèrent à vivre de sa plume. Il publia d’abord des héroïdes qui n’eurent point de succès, ce qui contribua sans doute à lui faire entreprendre plus tard une campagne contre les ouvrages en vers. Il écrivit alors quelques essais critiques sur le milieu littéraire et des récits.
Nommé professeur de rhétorique à Bordeaux, il quitta cette place et revint à Paris, fit des romans et des traductions qui restèrent dans l’obscurité, et il ne commença a acquérir quelque réputation que par des drames imités en partie de l’anglais et de l’allemand. Le Théâtre-Français ayant ajourné la représentation d’une de ses pièces, intitulée Natalie, il rédigea un factum, à la suite duquel ses entrées lui furent retirées. Il poursuivit alors les comédiens devant les tribunaux et, pour soutenir lui-même sa cause, se fit recevoir avocat. Ses adversaires trouvant le moyen d’entraver la procédure, le procès n’aboutit pas et Mercier dut faire imprimer ses pièces qui furent alors pour la plupart jouées en province et avec succès ; elles revinrent ensuite au Théâtre-Italien, où quelques-unes d’entre elles obtinrent une grande vogue.
En 1781, Mercier commença la publication, sans nom d’auteur, des deux premiers volumes de son Tableau de Paris, document irremplaçable et témoignage pittoresque sur les mœurs de l’époque. Quelques personnes ayant été inquiétées à ce sujet par la police, il alla se déclarer lui-même au lieutenant général Lenoir, puis il se réfugia dans la principauté de Neuchâtel en Suisse où il séjourna, de crainte d’être poursuivi en justice, de 1781 à 1785. Il y travailla à son Tableau, dont les derniers volumes furent publiés en 1788, et qui comptèrent finalement plus de mille chapitres en douze volumes. Dans l’intervalle, il fit encore paraître plusieurs ouvrages dramatiques et politiques, entre autres Mon bonnet de nuit, et Mon bonnet du matin, ouvrages dirigés principalement contre la littérature ancienne et contre les écrivains français du XVII siècle.
En 1770, la publication de l’uchronie, l’An 2440 (Amsterdam, 1770, in-8°, 1786, 3 vol. in-8°), est la réalisation des utopies que rêvait l’imagination de Mercier en éducation, en morale et en politique. On reconnut de la verve dans cet ouvrage d’anticipation, mais on le traita de folie ; et cependant la Révolution vint bientôt réaliser plusieurs des prophéties de Mercier.
Il publia ensuite de nombreuses pièces de théâtre, drames historiques ou bourgeois, dont quelques-unes eurent un certain succès, notamment provincial. Dès lors, ses essais se firent plus polémiques.
Au commencement de la Révolution, il reparut à Paris et collabora à plusieurs journaux, notamment aux Annales patriotiques, destinées à propager les idées révolutionnaires, dont il fut, avec Jean-Louis Carra, le fondateur. Bientôt, rompant avec les jacobins, il ne craignit pas de les attaquer dans la feuille girondine la Chronique du mois. Élu d’abord en 1789, puis élu député du département de Seine-et-Oise à la Convention en 1792, il siégea parmi les modérés et vota en faveur de la détention de Louis XVI, pour le sursis et contre l’appel au peuple. Plus tard Robespierre ayant comparé ses collègues aux Romains, Mercier interrompit en criant : « Non, vous n’êtes pas des Romains, vous êtes l’ignorance personnifiée ! » Une autre fois, en combattant la proposition qui avait été faite à l’assemblée de ne point traiter avec l’étranger tant qu’il aurait le pied sur le sol français, Mercier demanda à ses collègues : « Avez-vous fait un pacte avec la victoire ? » Bazire répondit : » Nous en avons fait un avec la mort. » Après le triomphe de la Montagne, Mercier protesta contre l’arrestation des Girondins et fut du nombre de ceux qui signèrent une protestation contre les actes de la journée du 31 mai 1793. Cette prise de position lui valut d’être arrêté et incarcéré, avec soixante-douze de ses collègues, plus d’un an. Rendu à la liberté par le 9 Thermidor, il reprit sa place dans l’assemblée. In 1795, il passa comme député du département du Nord au Conseil des Cinq-Cents, et où il s’opposa au décret qui décernait les honneurs du Panthéon à Descartes, qu’il accusait d’erreurs et dont il avait pourtant publié un éloge dans sa jeunesse. Il s’emporta aussi contre Voltaire, qu’il accusa d’avoir détruit la morale. Enfin, dans une autre occasion, il fit le procès à la philosophie et s’éleva contre la diffusion de l’instruction dans les masses, ce qui lui valut le surnom de « singe de Jean-Jacques ». À partir de 1798, il se tint à l’écart de la politique.
Ces contradictions ne furent pas les seules de Mercier : alors qu’il avait écrit contre la loterie, lorsqu’elle fut rétablie, il accepta, en 1797, une place de contrôleur de cette administration. Il s’en tira par un mot spirituel : « Depuis quand, dit-il, n’est-il plus permis de vivre aux dépens de l’ennemi ? » Il avait également écrit des diatribes contre les cercles et les académies et n’en devint pas moins membre de la seconde classe de l’Institut (Sciences morales et politiques) lors de sa création. « Placé plus haut, disait-il, j’y vois mieux. » Lors de la réorganisation de l’Institut, en 1803, il fut placé dans la classe d’histoire et de littérature ancienne. Il disait que le premier consul l’y avait déporté.
En sortant du Conseil des Cinq Cents, le 20 mai 1797, il fut nommé professeur d’histoire aux écoles centrales. Il s’y occupa surtout de littérature et se plut à reproduire toutes les attaques qu’il avait dirigées autrefois contre les classiques. Locke, Condillac et leurs disciples devinrent aussi le sujet de ses attaques, appelant les idéologues les idiots rogues ou les idiologues. Les découvertes physiques ne lui inspiraient pas plus de respect : il attaqua même le système astronomique de Copernic et de Newton, prétendant que la Terre est ronde et plate et que le Soleil tourne autour de ce plateau comme un cheval de manège. Il dénigra aussi les arts, appelant les statues des poupées de marbre. Il aurait voulu supprimer jusqu’au nom des Raphaël, des Corrège, des Titien, dont les œuvres, prétendait-il, avaient été si pernicieuses pour les mœurs. Il attaqua, pour comble de paradoxe, le rossignol, à qui il dit : « Tais-toi, vilaine bête » et exalta la grenouille. Il sе mêla aussi de physiognomonie, et comme jaloux de la gloire de Lavater, il prétendait tout simplement que l’on pouvait arriver à la connaissance de l’homme par la seule inspection des pieds. Il avait imaginé une bibliothèque française, où il plaçait Marmontel et Letourneur, mais d’où il excluait Malebranche, les Provinciales et tout Bossuet, « dont l’Histoire universelle n’est qu’un squelette chronologique sans vie et sans couleur ». Il n’aimait pas non plus les livres reliés et, lorsqu’il en achetait qu’il n’avait pu se procurer autrement, il leur cassait le dos et en faisait des brochures en les dépouillant des cartons qui les protégeaient.
En 1800, Mercier donna une suite à son Tableau de Paris, le Nouveau Paris (Brunswick , 1800, 6 vol. in-12), un ouvrage qui présente des détails intéressants, mais peut-être pas toujours exacts, sur les mœurs de la Révolution. En 1801, Mercier fit paraître sa Néologie, vocabulaire de mots nouveaux ou à renouveler, dans lequel il s’élève contre le choix restreint des mots. « C’est la serpe académique, instrument de dommages, dit-il, qui a fait tomber nos antiques richesses ; et moi j’ai dit à tel mot enseveli : Lève-toi, et marche ! Quand Corneille s’est présenté à l’Académie avec son mot invaincu, on l’а mis à la porte. Mais moi, qui sais comment on doit traiter la sottise et la pédanterie, je marche avec une phalange de trois mille mots, infanterie, cavalerie, hussards. S’il y a beaucoup de morts et de blessés dans le combat, eh bien, j’ai une autre armée en réserve, je marche une seconde fois ; car je brûle de culbuter tous ces corps académiques qui n’ont servi qu’à rétrécir l’esprit de l’homme. » Toujours acharné après les poètes du XVII siècle, il conseillait aux littérateurs d’abandonner les vers pour la prose, dont la marche, plus libre, lui paraissait mieux se prêter aux inspirations poétiques. Il con
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